Читаем Le Comte de Monte-Cristo. Tome IV полностью

Cette réponse, et surtout le ton dont elle était faite, serrèrent le cœur du pauvre Morrel; mais une compensation lui était ménagée: en se retournant, il vit à l’encoignure de la porte une belle et blanche figure dont les yeux dilatés et sans expression apparente s’attachaient sur lui, tandis que le bouquet de myosotis montait lentement à ses lèvres.

Ce salut fut si bien compris que Morrel, avec la même expression de regard, approcha à son tour son mouchoir de sa bouche; et les deux statues vivantes dont le cœur battait si rapidement sous le marbre apparent de leur visage, séparées l’une de l’autre par toute la largeur de la salle, s’oublièrent un instant, ou plutôt un instant oublièrent tout le monde dans cette muette contemplation.

Elles eussent pu rester plus longtemps ainsi perdues l’une dans l’autre, sans que personne remarquât leur oubli de toutes choses: le comte de Monte-Cristo venait d’entrer.

Nous l’avons déjà dit, le comte, soit prestige factice, soit prestige naturel, attirait l’attention partout où il se présentait; ce n’était pas son habit noir, irréprochable il est vrai dans sa coupe, mais simple et sans décorations; ce n’était pas son gilet blanc sans aucune broderie, ce n’était pas son pantalon emboîtant un pied de la forme la plus délicate, qui attiraient l’attention: c’étaient son teint mat, ses cheveux noirs ondés, c’était son visage calme et pur, c’était son œil profond et mélancolique, c’était enfin sa bouche dessinée avec une finesse merveilleuse, et qui prenait si facilement l’expression d’un haut dédain, qui faisaient que tous les yeux se fixaient sur lui.

Il pouvait y avoir des hommes plus beaux, mais il n’y en avait certes pas de plus significatifs, qu’on nous passe cette expression: tout dans le comte voulait dire quelque chose et avait sa valeur; car l’habitude de la pensée utile avait donné à ses traits, à l’expression de son visage et au plus insignifiant de ses gestes une souplesse et une fermeté incomparables.

Et puis notre monde parisien est si étrange, qu’il n’eût peut être point fait attention à tout cela, s’il n’y eût eu sous tout cela une mystérieuse histoire dorée par une immense fortune.

Quoi qu’il en soit, il s’avança, sous le poids des regards et à travers l’échange des petits saluts jusqu’à Mme de Morcerf, qui, debout devant la cheminée garnie de fleurs, l’avait vu apparaître dans une glace placée en face de la porte, et s’était préparée pour le recevoir.

Elle se retourna donc vers lui avec un sourire composé au moment même où il s’inclinait devant elle.

Sans doute elle crut que le comte allait lui parler; sans doute, de son côté, le comte crut qu’elle allait lui adresser la parole; mais des deux côtés ils restèrent muets, tant une banalité leur semblait sans doute indigne de tous deux; et, après un échange de saluts, Monte-Cristo se dirigea vers Albert, qui venait à lui la main ouverte.»

«Vous avez vu ma mère? Demanda Albert.

– Je viens d’avoir l’honneur de la saluer, dit le comte, mais je n’ai point aperçu votre père.

– Tenez! il cause politique, là-bas, dans ce petit groupe de grandes célébrités.

– En vérité, dit Monte-Cristo, ces messieurs que je vois là-bas sont des célébrités? je ne m’en serais pas douté! Et de quel genre? Il y a des célébrités de toute espèce, comme vous savez.

– Il y a d’abord un savant, ce grand monsieur sec; il a découvert dans la campagne de Rome une espèce de lézard qui a une vertèbre de plus que les autres, et il est revenu faire part à l’Institut de cette découverte. La chose a été longtemps contestée: mais force est restée au grand monsieur sec. La vertèbre avait fait beaucoup de bruit dans le monde savant; le grand monsieur sec n’était que chevalier de la Légion d’honneur, on l’a nommé officier.

– À la bonne heure! dit Monte-Cristo, voilà une croix qui me paraît sagement donnée; alors, s’il trouve une seconde vertèbre, on le fera commandeur?

– C’est probable, dit Morcerf.

– Et cet autre qui a eu la singulière idée de s’affubler d’un habit bleu brodé de vert, quel peut-il être?

– Ce n’est pas lui qui a eu l’idée de s’affubler de cet habit: c’est la République, laquelle, comme vous le savez, était un peu artiste, et qui, voulant donner un uniforme aux académiciens, a prié David de leur dessiner un habit.

– Ah! vraiment, dit Monte-Cristo; ainsi ce monsieur est académicien?

– Depuis huit jours il fait partie de la docte assemblée.

– Et quel est son mérite, sa spécialité?

– Sa spécialité? Je crois qu’il enfonce des épingles dans la tête des lapins, qu’il fait manger de la garance aux poules et qu’il repousse avec des baleines la moelle épinière des chiens.

– Et il est de l’Académie des sciences pour cela?

– Non pas, de l’Académie française.

– Mais qu’a donc à faire l’Académie française là-dedans?

– Je vais vous dire, il paraît…

– Que ses expériences ont fait faire un grand pas à la science, sans doute?

– Non, mais qu’il écrit en fort bon style.

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