Читаем JOSEPH BALSAMO Mémoires d’un médecin Tome I полностью

– Le public! Ah! encore un monstre que vous vous faites, ou plutôt que vous me faites. Le public, est-ce que je l’écoute, moi, quand il me dit par les mille bouches des libellistes et de ses pamphlétaires, de ses chansonniers, de ses cabaleurs, que l’on me vole, que l’on me berne, que l’on me trahit? Eh! mon Dieu, non. Je le laisse dire et je ris. Faites comme moi, pardieu! fermez l’oreille, et, quand il sera las de crier, votre public, il ne criera plus… Allons, bon! voilà que vous me faites votre salut de mécontent. Voilà Louis qui me fait sa grimace de boudeur. En vérité, c’est étrange qu’on ne puisse faire pour moi ce que l’on fait pour le dernier particulier, qu’on ne veuille pas me laisser vivre à ma guise, qu’on haïsse sans cesse ce que j’aime, qu’on aime éternellement ce que je hais! Suis-je sage ou suis-je fou? Suis-je le maître ou ne le suis-je pas?

Le dauphin prit son grattoir et revint à sa pendule.

M. de Choiseul s’inclina de la même façon que la première fois.

– Bon! l’on ne me répond rien. Mais répondez-moi donc quelque chose, mordieu! Vous voulez donc me faire mourir de chagrin, avec vos propos et avec vos silences, avec vos petites haines et vos petites craintes?

– Je ne hais pas M. du Barry, sire, dit le dauphin en souriant.

– Et moi, sire, je ne le crains pas, dit avec hauteur M. de Choiseul.

– Tenez, vous êtes tous de mauvais esprits! cria le roi jouant la fureur, quoiqu’il n’éprouvât que du dépit. Vous voulez que je me rende la fable de l’Europe, que je me fasse railler par mon cousin le roi de Prusse, que je réalise la cour du roi Pétaud de ce faquin de Voltaire. Eh bien! non, je ne le ferai pas. Non, vous n’aurez pas cette joie. Je comprends mon honneur à ma façon, et je le garderai à ma manière.

– Sire, dit le dauphin avec son inépuisable douceur, mais avec son éternelle persistance, j’en demande bien pardon à Votre Majesté, il ne s’agit point de son honneur, mais de la dignité de madame la dauphine qui a été insultée.

– Monseigneur a raison, sire; un mot de la bouche de Votre Majesté et personne ne recommencera.

– Et qui donc recommencerait? On n’a point commencé: Jean est un balourd, mais il n’est point méchant.

– Soit, dit M. de Choiseul, mettons cela sur le compte de la balourdise, sire, et qu’il fasse de sa balourdise des excuses à M. de Taverney.

– Je vous ai déjà dit, s’écria Louis XV, que tout cela ne me regarde pas; que Jean fasse des excuses, il est libre d’en faire; qu’il n’en fasse pas, il est libre encore.

– L’affaire ainsi abandonnée à elle-même fera du bruit, sire, dit M. de Choiseul, j’ai l’honneur d’en prévenir Votre Majesté.

– Tant mieux! cria le roi. Et qu’elle en fasse tant et tant, que j’en devienne sourd, pour ne plus entendre toutes vos sottises.

– Donc, répondit M. de Choiseul avec son implacable sang-froid, Votre Majesté m’autorise à publier qu’elle donne raison à M. du Barry?

– Moi! s’écria Louis XV, moi! donner raison à quelqu’un dans une affaire noire comme de l’encre! Décidément, on veut me pousser à bout. Oh! prenez-y garde, duc… Louis, pour vous-même, ménagez-moi davantage… Je vous laisse songer à ce que je vous dis, car je suis las, je suis à bout, je n’y tiens plus. Adieu, messieurs, je passe chez mes filles, et je me sauve à Marly, où j’aurai peut-être un peu de tranquillité, si vous ne m’y suivez pas, surtout.

En ce moment, et comme le roi se dirigeait vers elle, la porte s’ouvrit, un huissier parut sur le seuil.

– Sire, dit-il, Son Altesse royale Madame Louise attend dans la galerie le moment de faire ses adieux au roi.

– Ses adieux! fit Louis XV effaré, et où va-t-elle donc?

– Son Altesse dit qu’elle a eu de Votre Majesté la permission de quitter le château.

– Allons, encore un événement! Voilà ma bigote qui fait des siennes, maintenant. En vérité, je suis le plus malheureux des hommes!

Et il sortit tout courant.

– Sa Majesté nous laisse sans réponse, dit le duc au dauphin; que décide Votre Altesse royale?

– Ah! la voilà qui sonne! s’écria le jeune prince en écoutant avec une joie feinte ou réelle les tintements de sa pendule remise en mouvement.

Le ministre fronça le sourcil et sortit à reculons de la salle des Pendules, où le dauphin demeura seul.

<p id="_Toc103004310">Chapitre XXVII Madame Louise de France</p>

La fille aînée du roi attendait son père dans la grande galerie de Lebrun, la même où Louis XIV en 1683, avait reçu le doge impérial et les quatre sénateurs génois qui venaient implorer le pardon de la République.

À l’extrémité de cette galerie, opposée à celle par laquelle le roi devait entrer, se trouvaient deux ou trois dames d’honneur qui semblaient consternées.

Louis XV arriva au moment où les groupes commençaient à se former dans le vestibule; car la résolution qui semblait avoir été prise le matin même par la princesse commençait à se répandre dans le palais.

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